• Une petite zone de turbulences
    Un film de Alfred Lot.
    Avec Michel Blanc, Miou-Miou, Mélanie Doutey, Gilles Lellouche et Cyril Descours..
    Sortie le 13 janvier 2010.
    Scénario, adaptation, dialogues de Michel BLANC.
    Adaptation du scénario: Alfred LOT.
    D'après le roman "Une situation légèrement délicate" de Mark Haddon, NiL éditions..
    • Comédie
    • 1H48
  • Synopsis :

    Jean-Paul, récemment retraité, est hypocondriaque...

    Anne, sa femme, le trompe avec un ancien collègue de bureau...

    Sa fille Cathie, divorcée et mère d'un petit garçon de cinq ans, vie avec Philippe, un « brave » garçon, que Mathieu, le frère homo de Cathie, appelle « Bac moins six »...

    Quand Jean-Paul découvre une petite tâche sur sa peau au niveau de sa hanche droite, que Cathie lui annonce qu'elle épouse « Bac moins six », que Mathieu se fait larguer parce qu'il hésite à inviter son amant au mariage de sa soeur et que Jean-Paul apprend fortuitement que sa femme le trompe, l'équilibre familial implose.

    Disputes, règlements de comptes, insultes... Jean-Paul, Anne, Cathie, Mathieu et Philippe ne s'épargnent rien !

    Et traversent, ensemble, une petite zone de turbulences...

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Autour du film

ENTRETIEN avec ALFRED LOT

 

Quelle est la genèse du film « Une Petite zone de turbulences »?
Yves Marmion, qui a produit « Embrassez qui vous voudrez », souhaitait faire un autre film avec Michel Blanc comme cinéaste. Il a donné « Une situation légèrement délicate », le roman de Mark Haddon à Michel, pour qu’il écrive le scénario et le réalise. Mais Michel a décliné sa deuxième proposition. Il trouvait le projet trop proche du film « Embrassez… ». Yves espérait-il secrètement que Michel revienne sur sa décision ? Peut-être. En tout cas, Michel n’a pas cédé. Entre-temps, Yves, qui avait vu « La Chambre des morts », mon premier long métrage, m’avait proposé plusieurs projets de polar. Je les avais refusés, à l’exception du troisième sur lequel je suis, d’ailleurs, en train de travailler. Il m’a alors fait lire le texte de Michel.


Que vous êtes-vous dit ?
Que j’avais sûrement ma petite place là-dedans. Je croyais aux personnages. Je pensais l’identification possible et que les spectateurs accepteraient de les suivre dans leur folie. Michel avait écrit une adaptation hilarante et généreuse : elle durait 2h40 ! Il fallait réduire mais j’ai vite eu le sentiment de me retrouver dans une confiserie où je n’avais plus qu’à choisir entre les fraises Tagada et les oursons ! Je me suis donc glissé dans sa version. J’aimais la façon dont les protagonistes s’exprimaient. Ils avaient tous une façon extrêmement drôle et imagée d’échanger. Ça ressemblait à la vie, sans y ressembler vraiment. Car je connais peu de gens qui, dans l’existence, ont ce sens aigu de la répartie. J’ai tout de suite décidé de m’éloigner du film choral, et de resserrer l’intrigue sur Jean-Paul, le personnage de Michel, en prenant soin de ne pas perdre les autres. Ils devaient tous avoir une vraie trajectoire. Un destin individuel. Même si ‘’Une Petite zone de turbulences’’ évoque d’abord le couple, ou plus exactement les couples, il fallait que la crise que traverse en premier Jean -Paul contamine les autres membres de cette famille, et permette à chacun de se resituer.


Etait-il prévu que Michel interprète le personnage de Jean-Paul ?
Avec Yves, nous avions dressé une liste de comédiens possibles. Mais je voulais d’abord que Michel lise ce que j’avais fait de son scénario. J’avais besoin qu’il me conseille, qu’il le retouche et, en quelque sorte, qu’il le valide. Nous avons organisé un rendez-vous dans un bar d’hôtel. Michel est arrivé avec un post-it et quatre ou cinq remarques très pertinentes. Au bout d’un moment, il m’a regardé et m’a demandé : « Ça vous ennuierait que je joue le rôle ? » Je lui ai serré la main. C’était plié. Je suis sorti sur un tapis volant.

 

Comment avez-vous choisi les autres comédiens ?
Je connaissais Gilles puisque j’avais travaillé avec lui sur « La Chambre des morts ». Je savais qu’il allait s’amuser avec le personnage de Philippe. Philippe a une grande honnêteté. Il ne cache pas son jeu. Il ne ment pas. Gilles a aussi ça. Oui, il a cette faculté d’arriver avec ses bagages, sa fausse brutalité, son côté « brut de décoffrage ». Mais le discours arriéré, déconnecté, largué que Philippe tient par ignorance, est finalement de loin le plus sain. Je n’avais jamais travaillé avec Mélanie, mais je jugeais intéressant de lui proposer autre chose que les rôles de « petites mignonnes » où on l’a souvent vue. J’aimais l’idée qu’elle morde. Et
elle mord très bien ! Miou-Miou force l’empathie, un atout crucial pour le personnage qu’elle incarne. Parce qu’Anne n’est pas immédiatement un personnage sympathique. Elle trompe son mari et se soucie d’avantage du jugement des autres que du bonheur des membres de sa famille. Miou-Miou lui a apporté son humanité et sa douceur. Le choix du frère de Cathie était plus compliqué. Quel acteur d’une vingtaine d’années pour tenir tête à tous ceux que nous venons de citer ? Le personnage est homosexuel et l’assume très bien, même si sa famille le vit moins bien que lui… Ce qu’il n’arrive pas à assumer, c’est d’être en couple, de s’engager. Une problématique qui n’a donc rien à voir avec la préférence sexuelle. Il nous fallait à la fois un acteur qui dégage une certaine solidité, une détermination et qui soit capable de s’éclairer et de s’épanouir au fil de l’histoire. Cyril Descours est un travailleur acharné qui a le talent, après une grosse préparation de s’en affranchir, pour être simplement juste et lumineux.


Que vous étiez-vous interdit ?
Avec Michel, nous nous étions dit que nous n’irions jamais chatouiller le spectateur sous les bras, de ne jamais aller dans la composition. Seuls les situations et les dialogues devaient être drôles, ou pas ! Nous avons essayé de tenir ce cap tout le film. Michel, bosseur acharné, possède une connaissance des scènes absolument parfaite, mais il a eu l’élégance de ne jamais se mêler de la mise en scène et m’a toujours demandé l’autorisation d’aller au combo, et encore, pas plus de deux fois par semaine ! S’il avait réalisé le film, sans doute n’aurait-il pas choisi les mêmes bonbons que moi dans la confiserie, mais il ne l’a jamais fait peser.

 

Le film, malgré sa drôlerie, est hanté par la mort…

Jean-Paul pense qu’il va mourir. Et qu’il va même mourir tout de suite. La mort parcourt, en effet, le film. C’est ce que j’appelle « l’effet de la couette, l’hiver ». Il faut sortir le pied de la couette pour s’apercevoir qu’il fait chaud dessous. Il faut une tension, un danger, une peur sous-jacente pour que les personnages se lâchent et finalement relèvent la tête. Il faut être terrorisé par le cancer pour se découper le flanc avec des ciseaux. A ce moment-là, Jean-Paul cède à la folie. Il pète un boulon. On rit de cette mutilation après. On n’en rit pas tout de suite.


Ce qui le sort de sa folie, c’est, au fond, la découverte de l’adultère ?
Oui, l’adultère l’extirpe de sa folie suicidaire. Heureusement qu’Anne l’a trompé. Et heureusement qu’il se trouvait là, dans l’embrasure de la porte. Anne ne peut continuer à vivre sa sexualité avec cet homme profondément mortifère. Elle est d’abord préoccupée par elle-même et Jean-Paul aussi. Du coup, et c’est une formidable idée à tous points de vue, la découverte de l’adultère ramène Jean-Paul vers à la vie, vers sa famille et vers sa femme qu’il va chercher à reconquérir. Pour faciliter un peu le revirement d’Anne j’ai pris soin « d’abîmer » un peu l’amant – Vladimir Yordanoff- en le filmant en caleçon avec derrière lui la trace des cadres accrochés au mur que son ex-femme a emportés en partant… Parce que, malgré tout, pourquoi repartirait-elle avec ce bougon…

 

Où avez-vous trouvé la maison de d’Anne et Jean-Paul ?
A vingt minutes dans le sud de Paris. Ce qui m’a plu d’abord c’est qu’elle n’évoque pas de banlieue chic particulière. Elle pourrait être n’importe où. Ensuite, elle avait une configuration idéale, avec ce grand jardin en pente et cette mare où ce fêlé de Jean-Paul pouvait construire son « caveau ». Enfin, elle offrait beaucoup de possibilités différentes pour les nombreuses scènes d’intérieur tout en écrasant un peu les personnages. Elle a ajouté de la tension.


D’où vient, justement, cette histoire de caveau, une vacherie de Cathie à son père ?
D’une de mes amies. Ça m’énervait un peu que Jean-Paul construise sa remise, mais qu’elle n’ait aucun rapport avec l’histoire. Lorsque, j’ai dit à Michel : « Sans le savoir, Jean-Paul construit son caveau ». Il a éclaté de rire !


Pourquoi avoir choisi le Scope ?
J’avais depuis le départ envie d’un film chic et élégant. Quelque chose qui soit en phase avec cette famille bourgeoise. Le vrai scope est encore aujourd’hui sans doute plus pour très longtemps le format qui offre la plus belle image. Les contraintes liées à son utilisation, lourdeur des optiques notamment, ont eu une incidence sur le film. Alors que j’envisageais de tourner davantage de scènes à l’épaule, je me suis finalement beaucoup amusé avec la Dolly, ce qui à l’arrivée correspondait encore mieux à l’esprit du film.

 

Lors du mariage de Cathie et Philippe, les classes sociales se mêlent…
Ça n’était pas aussi évident dans le roman et dans le scénario. Lors de la scène du mariage à la mairie, David Seigneur, qui joue le collègue de Philippe, a eu l’idée formidable de bondir en hurlant avec ses copains dans une ambiance digne du Parc des Prince juste après le oui des mariés. Il était tellement bien que j’ai chercher à développer son personnage et à insister sur cette notion de classe qui jusque là était uniquement portée par le personnage de Gilles. Finalement, lui et sa bande de gardes du corps offrent un petit spectacle lors de la soirée du mariage. Un Haka « dansé » sur « Né sous la même étoile » d’IAM. C’est un bon exemple de l’esprit très collectif qui a parcouru la fabrication de ce film où chacun, producteur, scénariste, comédiens et techniciens ont tour à tour apporté ce qu’est devenu le film aujourd’hui.


La fin du film laisse les choses en suspens, non ?
C’est une fin de convention sociale. Pour moi, rien n’est résolu. Philippe et Cathie se sont mariés. Mais il y a du boulot. Quant à notre couple-vedette, Jean-Paul et Anne, ça n’est pas gagné non plus. Il va falloir y aller… à Bruges.

      

ENTRETIEN avec MICHEL BLANC

 

    

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Comment le film « Une Petite zone de turbulences » est-il né ?
Yves Marmion d’UGC essaie, depuis quelques années, de me convaincre de me remettre à la mise en scène. Il m’a donc fait lire « Une situation légèrement délicate », un roman anglais de Mark Haddon. Le livre me plaisait. Mais il présentait des similitudes évidentes avec « Embrassez qui vous voudrez », similitudes que je craignais de n’accentuer encore en le réalisant. Si je repasse, un jour, derrière la caméra pour un cinquième long métrage, autant qu’il soit très différent des précédents. Je me méfie beaucoup de la routine au cinéma, et dans l’art en général. Pour justifier un travail long de deux ans, il faut pouvoir se mettre en danger, bref, se dire : « Ca, je ne l’ai jamais fait ». En revanche, je voulais bien adapter « Une situation légèrement délicate ». J’étais même assez client.


Quel type de difficultés l’adaptation représente-elle ?
Avec une adaptation, quelle qu’elle soit, on court toujours le risque de perdre le style. Si, à la lecture, c’est lui qui vous emballe, il y a fort à parier que vous ne le retrouverez pas forcément. Qu’il sera nécessaire de lui substituer des équivalents. L’autre écueil, ce sont les coupes. Je ressens toujours comme un crève coeur d’élaguer des scènes dans un roman que j’ai aimé. Car je me demande si je n’ampute pas l’auteur de quelque chose qui lui est propre. Je procède donc toujours de la même façon. J’écris. Puis, je laisse reposer trois semaines avant de retravailler. J’adapte alors, non plus le livre, mais… mon scénario. Pour « Une Petite zone de turbulences », j’ai élaboré cinq versions successives et Alfred a travaillé sur ma version définitive pour en faire sa version de tournage.


Qu’aimiez-vous dans le roman ?
Comme chez Joseph Connolly, le mélange des genres. Autrement dit, ces situations qui se mettent à dégénérer au fur et à mesure que les personnages se voient happés par des gouffres d’emmerdements. JP, Anne et les autres font des choses plutôt étranges. Ils manquent de cartésianisme, ils ont une part de folie. JP, par exemple, souffre d’hypocondrie. Mais les hypocondriaques ne se vont pas jusqu’à se mutiler. JP, si. Et encore… Alfred a filmé la scène de manière supportable. Parce que moi, en lisant le roman, j’ai failli vomir.


L’hypocondrie, ce n’est pas tout à fait le contraire de vous, n’est-ce pas?

Il y a dans le film des épisodes que j’ai vécus même si ce ne sont pas les plus spectaculaires. Comme JP, je peux, par exemple, prendre un couteau pour inspecter discrètement une plaie à table. Et, il m’est arrivé, à New York, en achetant une chemise, de me contorsionner dans une cabine d’essayage parce que j’avais repéré une légère tache brune sur ma peau… C

 

Comment définiriez-vous JP ?
Il est à la retraite anticipée. On l’a éjecté d’un boulot qu’il n’aimait peut-être même pas, mais qui figurait pourtant le centre de sa vie. Du coup, les choses se sont peu à peu délitées. Jean- Paul flaire sans doute que sa femme s’éloigne de lui. Il ne comprend, ni n’accepte la préférence sexuelle de son fils. Il prend son futur gendre, pour un con, alors que Philippe est sans doute le seul dans cette histoire qui soit doté d’une véritable intelligence de vie. Les Anglais ont des rapports de castes. C’est vrai depuis « My Fair Lady ». Moi, j’ai transformé ces rapports de castes, qui existent beaucoup moins en France, en ambition de Jean-Paul et Anne pour Cathie. Chez Haddon, le personnage de Philippe était working class, c’est à dire
ouvrier, alors qu’eux sont middle class. Dans « Une Petite zone de turbulences », il travaille dans la sécurité. Un univers qui peut sembler interlope à ces gens.

Pourquoi avez-vous eu envie d’interpréter Jean-Paul?
En gros, parce qu’Yves et Alfred ne trouvaient personne d’autre même s’ils avaient quelques pistes (il éclate de rire). Ayant toujours exclu de réaliser le film, je me suis tenu à l’écart du casting, le contraire eût été pour le moins indélicat. Les mois passant, j’ai tout de même demandé : « Et JP ? ». Il faut reconnaître que tout le monde, autour de moi, me conseillait de le jouer. Sa part de folie et de douleur m’intéressait. Il y avait un enjeu : tâcher de maintenir le cap de la comédie malgré les scènes où le personnage a mal ou a peur.


Comment vous êtes-vous comporté sur le tournage ?
J’ai essayé de ne pas donner mon avis sauf lorsqu’il s’agissait d’un problème de dialogue. Pour le reste, j’ai tenté d’être un acteur comme les autres. Et chaque fois que je devais accéder au combo, toujours pour une question de jeu, j’en demandais systématiquement la permission à Alfred. Je ne voulais surtout pas qu’il voit dans ma démarche un manque de confiance.

 

« Une Petite zone de turbulences » est un film sur le couple ou, plus exactement, les couples…

C’est un film sur l’engagement amoureux. « Choisir, c’est renoncer », écrivait André Gide qui en connaissait un rayon. Les personnages partagent tous, au fond, le même problème : parvenir à s’avouer qu’ils s’aiment ou, pour certains d’entre eux, continuer à se le dire. Mathieu, le fils d’Anne et JP, n’accepte de voir son fiancé que trois soirs par semaine. Il a une trouille panique de s’engager. Les hommes, généralement plus cavaleurs que les femmes, ont parfois du mal à renoncer à la multiplicité. Cathie, leur fille, sent que son coeur a la bonne intuition c’est « Bac moins six » qu’il lui faut mais, cette bonne intuition, sa tête la refuse.

 

Il faut reconnaître que le personnage est plutôt…

Maladroit. Philippe se réfugie dans les lieux communs parce qu’il redoute d’exister. Il a si peu confiance en sa propre personne qu’il se dissimule derrière des phrases toutes faites. J’avais un ami, comme ça, auquel j’ai un peu emprunté pour nourrir « Bac moins 6 »… Mais Philippe sait quand il aime. Il sait aussi qu’il fera tout pour Cathie.

 

En même temps, lorsqu’il discute avec Mathieu, il prouve plus d’ouverture d’esprit qu’on ne l’imagine…
Il parle d’abord à Mathieu avec une certaine naïveté : « Comment ça se passe chez vous, les homos ? doit-il à peu près lui demander. Mathieu réagit avec susceptibilité. Il trimbale quelques a priori sur ce macho hétéro. Il fait presque de l’homophobie à l’envers. J’aime aussi beaucoup la scène de la cabane. A cet instant-là, Mathieu et Philippe ont chacun besoin de ce que l’autre possède. Ils baissent la garde.


Qui est Anne, la femme de Jean-Paul ?
Plongé dans son travail, Jean-Paul a d’abord dû être absent. Depuis la retraite, il est complètement perdu. Même si, comme tous les vrais névrosés, il voit sa folie. Il est à la fois « dedans » et « dehors ». Du coup, petit à petit, Anne s’est éteinte. Elle trompe Jean-Paul, parce que David (Vladimir Yordanoff), au moins, l’écoute, s’intéresse à elle, lui parle. Avec David, Anne redevient une femme « aimable », c’est-à-dire digne d’être aimée. Il la réveille. Moi, j’adore les Belles au bois dormant qui sortent de leur sommeil, à l’image de Charlotte (Rampling) dans « Embrassez qui vous voudrez ».


La mise en scène d’Alfred Lot vous a-t-elle étonné ?
Si j’avais dû réaliser « Une Petite zone de turbulences », j’aurais probablement opté pour la même esthétique que celle de « Embrassez qui vous voudrez » : scènes mobiles, saisies sur le vif, caméra à l’épaule. Quand j’ai débarqué le premier jour sur le plateau, j’ai vu des rails installés. J’appelais même Alfred « le chef de gare ». Il a raconté cette histoire avec sa propre musique, dans le style qui est le sien. Une comédie, balisée de situations de crises, doit cavaler. Il a choisi de la traiter avec des mouvements élégants. Un pari difficile et complètement réussi. C’est vraiment son film à 100%.


Quel plaisir avez-vous pris à côtoyer cette troupe d’acteurs ?
Mon agent a immédiatement pensé à Miou-Miou. Et je me suis dit : « Mais, oui, évidemment ». Elle débusque les failles et les faiblesses des personnages ou du scénario comme personne. Elle nous a donc sauvé quelques coups. En plus d’être une actrice sans chichis, elle a une intuition formidable. Et puis, je trouvais que notre couple fonctionnait. Pour les autres, je les connaissais peu et c’est très troublant de devoir jouer avec des inconnus, même s’ils le deviennent de moins en moins, des rôles aussi intimes. Mélanie et Cyril sont extrêmement différents. Mélanie va facilement vers les gens mais elle s’est montrée très capable d’envoyer chier vertement mon personnage. Elle campe un de ces caractères de cochon que l’on adore. Cyril, lui, est plus mystérieux. Dans la scène où je craque, avant de prendre le maquis en forêt, il m’a soudain attrapé le cou. Ca m’a beaucoup aidé. Si vous vous trouvez en face d’un acteur qui ne donne rien, l’émotion ne vient pas. Miou-Miou, Mélanie, Gilles et Cyril donnent.


La fin du film est assez ouverte…
D’abord, je déteste dicter au spectateur ce qu’il doit penser. Ensuite, un couple, ça se travaille, surtout après une période de crise. Si Anne et Jean-Paul se tombaient dans les bras, je n’y croirais pas. Mais Anne propose un coup de blanc. JP fait l’effort de quitter son caveau, comme dit sa fille. Ils remontent vers la maison. Peut-être qu’ils feront de nouveau des choses ensemble. Oui, peut-être, y a-t-il un renouveau à trouver du côté de Bruges… J’aime à le penser.