• La Guerre des boutons
    Un film de Yann Samuell.
    Avec Eric ELMOSNINO, Mathilde SEIGNER, Fred TESTOT, avec la participation d'Alain CHABAT.
    Sortie le 14 septembre 2011.
    Le site du film : La Guerre des boutons
  • Synopsis :

    1960, un village dans le sud de la France.

    Une bande de garçons, âgés de 7 à 14 ans, menée par l'intrépide Lebrac, est en guerre contre les enfants du village voisin, leurs ennemis jurés. Une guerre sans merci, qui dure depuis des générations. On se bat pour l'honneur et la fidélité et, pour gagner, tous les moyens sont bons. Même, s'il le faut, combattre nu comme un ver, ou pire, accepter l'aide de Lanterne - une fille ! - la nouvelle recrue de la bande, pleine de panache et d'ingéniosité.

    Mais il n'est pas facile d'être une armée de petits hommes sans se faire attraper par Papa et Maman ! Quand, après la bataille, on rentre à la maison, les vêtements en lambeaux et des boutons en moins, mieux vaut se faire discret?

    Adapté du bestseller français au succès international, LA GUERRE DES BOUTONS est une comédie familiale tendre, drôle et poignante, qui traite avec finesse et profondeur les thèmes de l'indépendance et de la solidarité, des petites et grandes batailles de l'enfance, et du passage à l'âge adulte.

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Autour du film

Rencontre avec YANN SAMUELL  Scénariste et réalisateur

 

Comment avez-vous réagi lorsque que l’on vous a proposé d’adapter La Guerre des boutons?

 

Je me suis immédiatement dit : « Attention classique », d’autant que parmi les quatre précédentes adaptations cinématographiques, celle d’Yves Robert est passée à la postérité. Sur les quatre films que j’ai réalisés, trois abordent le thème de l’enfance : la réconciliation enfant/adulte avec L’ÂGE DE RAISON; la persistance de l’enfance sur une vie adulte avec JEUX D’ENFANTS; et même l’après-vie d’un enfant fantôme avec THE GREAT GHOST RESCUE, en cours de finition. Il me fallait conclure dans un ultime opus : la république des enfants. Comment les enfants perçoivent-ils la responsabilité, la société et l’égalité ? Et puis un autre thème préside à la construction de l’ensemble de mes scénarii : la féminité. Armé de ces deux flambeaux, j’ai immédiatement eu la vision claire de ce que pourrait être la trame de mon adaptation de La Guerre des boutons : un film jubilatoire, un souffle de liberté. Restituer à l’enfance le goût des plaisirs authentiques au contact d’un monde que seule leur volonté et leur candeur façonnent Ce projet semble trouver un écho très personnel en vous… Je souhaitais un film vrai, qui parle de la réalité d’une vie d’enfant à la campagne. J’ai réellement vécu « ma » guerre des boutons aux côtés de mes cousins dans un petit village de Bourgogne. Avec le plus grand sérieux, on échafaudait des plans pour combattre nos ennemis de l’autre bout du village. Même si nos batailles avaient le goût épicé du jeu, chaque assaut était sincère. On se battait ! C’est cette dualité de l’enfance que je voulais mettre en avant.

 

Comment avez-vous procédé à l’adaptation ?

 

C’est un roman très agréable, le langage y est rabelaisien et osé. Refaire une adaptation n’avait de sens qu’à condition de parler à mes contemporains. Je suis remonté à l’essence du texte tout en y ajoutant des thèmes et une façon de fonctionner beaucoup plus actuelle. Il me fallait un personnage féminin fort : une fillette qui se bat contre les moulins à vent du sexisme. Et d’autre part, un personnage principal tiraillé entre ses responsabilités sociales, scolaires, familiales et son rêve d’une société idéale à sa mesure.

 

Pourquoi avoir choisi de situer votre histoire dans les années 1960 ?

 

Cette période me permettait d’explorer la mise en abyme de la guerre. Je ne pouvais pas l’imaginer pendant la période d’occupation des années 1940. Mon père a vécu l’occupation à cet âge et ma mère a connu l’exil et les camps : leur première préoccupation était survivre. Ils n’auraient pas fait une fausse guerre. J’ai donc choisi la guerre d’indépendance d’Algérie comme arrière-plan – événement suffisamment lointain pour ne pas altérer le ton vibrant de vie du film, mais cependant bien présent. Ailleurs, d’autres gens se battent pour leur indépendance, tandis qu’au village de Longeverne, les enfants mènent une révolution contre les diktats de la famille et de la vie rude à la campagne. Les années 60, c’est aussi la déferlante du rock’n’roll, la conquête de l’espace, on assiste à des progrès colossaux en médecine et dans l’industrie. J’aimais cette notion d’une société légèrement archaïque qui se retrouve confrontée de plein fouet au XXe siècle.

 

Pensez-vous qu’aujourd’hui les enfants aient la même façon de se construire ?

 

L’idée d’une congrégation d’enfants face au monde adulte, reste quelque chose de très vrai. Le statut d’adolescent, voire de préadolescent, était inconnu à l’époque. L’accession à la majorité - alors fixée à vingt et un ans - et la conscription représentaient les seuls rites initiatiques. Maintenant, il y a plein de petits rites - passage au collège, téléphone portable, passage au lycée, bac, permis de conduire. À l’époque, les enfants se construisaient donc eux-mêmes leurs rites, qui, une fois franchis, leur permettaient de faire partie du clan.

 

Comment avez-vous choisi les comédiens qui entourent les enfants ?

 

Eric Elmosnino est un comédien que j’aime et que je suis au théâtre depuis longtemps. Il assimile tout ce que vous lui dites et nourrit son personnage d’indications qu’il réinvente au fur et à mesure. Cette richesse, cette force de proposition est merveilleuse. Mathilde Seigner m’a demandé pourquoi j’avais pensé à elle pour ce personnage. J’aime proposer aux acteurs autre chose que ce qu’ils ont déjà fait. La mère de Lebrac est une femme fermée, froide, peu généreuse alors que Mathilde est plutôt l’opposé dans la vie. Je pensais que si elle arrivait à contenir cela errière un mur, elle pourrait en faire un personnage à fleur de peau mais bridée par son éducation campagnarde et sa situation de mère célibataire. La personnalité d’Alain Chabat m’intéressait forcément, et encore plus dans le rôle de cet instituteur ennemi qui dépasse ses apparences. J’étais persuadé qu’Alain et Eric formeraient un grand duo de cinéma. Leur complicité et l’alchimie entre eux a été telle que je n’ai pas arrêté de rajouter des scènes, comme celle du concours de ricochets. J’adorerais tourner un film où ils seraient tous les deux de bout en bout ! Fred Testot était très enthousiaste à l’idée d’interpréter un curé. On pouvait imaginer ce curé de différentes manières mais je le voyais progressiste. C’est lui qui insuffle un vent de modernité et fait rentrer le XXe siècle dans ce village paysan réactionnaire. Il me fallait donc un personnage toujours plein d’énergie.

 

Tous les enfants du film sont des nouveaux venus au cinéma. Comment les avez-vous trouvés?

 

Nous sommes sur ce film depuis presque deux ans et nous avons commencé le casting très tôt. Je me suis très vite rendu compte que je ne trouverais jamais mes personnages dans les cours de théâtre. J’avais besoin d’enfants capables de grimper aux arbres, d’apprendre le langage de l’époque, d’assumer les cascades des batailles, de mener les vaches aux champs ou d’attraper et imiter les cris des oiseaux. Je suis donc allé chercher à travers toute la France des enfants qui venaient réellement de la campagne. Je n’ai pas voulu faire rentrer les enfants dans les cases préconçues d’un film idéal que j’aurais en tête. J’ai parié sur l’inverse : des enfants remarquables auxquels j’adapterais les personnages. Il s’agissait vraiment de ne pas dénaturer l’étincelle de l’enfance chez ces jeunes interprètes. Lebrac, joué par Vincent Bres, est un leader courageux et habitué à ne rien confier de ses doutes. Tout comme sa mère, il refoule tout ce qui est de l’ordre du sentiment au profit d’une autorité naturelle. Le personnage féminin, Lanterne, interprété par Salomé Lemire, rejette le regard et préfigure la libération de la femme. Grangibus - Tom Rivoire - et Tigibus - Tristan Vichard - sont deux frères. Le grand est, pour son plus grand malheur, tout le temps en charge du petit, véritable boule d’énergie à qui rien ne semble impossible. L’Aztec, joué par Théo Bertrand, représente le clan ennemi. C’est une force brute que nous comparions à un taureau pendant la construction de son personnage. Il est entouré de deux lieutenants qui sont davantage les têtes pensantes. Lacrique - Arthur Garnier - est une espèce de petit foufou. À la fois le plus grand des petits et le plus petit des grands, il joue sur les deux tableaux. Une rivalité amoureuse va conduire à une trahison. Bacaillé, incarné par Victor Le Blond, est réellement un type très honnête, qui va se retrouver piégé dans une situation qui lui échappe. Tous ont énormément progressé pendant cette expérience, en élocution, en maturité, en joie de vivre. Ce sentiment de solidarité, de république des enfants, a réellement existé sur le plateau et transparaît dans le film.

 

Comment travaillez-vous dans cet environnement humain particulier ?

 

Je m’efforçais de ne rien préétablir. Je faisais des répétitions sur le décor avec les enfants et je réagissais en fonction de ce que les enfants apportaient, leur énergie, leur humeur. Certaines scènes devaient être conflictuelles mais ils arrivaient dans une telle complicité que je n’aurais pas pu leur demander de jouer le conflit. Alors, je tordais la scène et les dialogues, avec l’idée de servir l’histoire tout en respectant leur nature du moment. Le film y gagne énormément. L’authenticité des décors était importante également. La classe est un lieu essentiel mais leur espace d’expression est dehors, loin des adultes. On franchit le seuil de l’école et un monde de liberté s’ouvre à nous où ce ne sont plus les règles des adultes qui régissent nos vies, mais l’imagination. J’avais donc besoin d’une nature qui soit grande et universelle. 

 

Comment dirigiez-vous ces comédiens à part ?

 

Un enfant vient sur le plateau en ayant complètement oublié que c’est un métier, il sait qu’il n’est pas à l’école et ça c’est plutôt sympa. Tout en les dirigeant, j’essaie donc sincèrement d’être copain avec eux. Je parle aux enfants comme à des adultes. Au cours des répétitions, je leur demande comment ils ressentent la scène sur l’instant, sans rien leur imposer. L’acteur va donc me faire une proposition et je vais modeler cette matière pour qu’elle rentre dans la construction collective qu’est le film. Je devais capter les détails, le petit haussement de sourcil inattendu, le pied qui trébuche alors qu’il ne faudrait pas. C’est un tournage très particulier, ne serait-ce que par sa longueur puisqu’il a duré treize semaines, avec beaucoup de préparation en amont avec les enfants. En revanche, au niveau technique, on a cherché les supports de caméra les moins encombrants possibles. Il y a très peu d’accessoires. C’est une espèce de grande cour de récré où je lâchais les enfants qui décidaient de leur jeu.

 

Qu’avez-vous vu surgir au cours du tournage ?

 

Tellement de choses ! C’est la première fois depuis que je fais des films que je suis ému comme un spectateur lorsque je vais en salle de montage. Les enfants, la nature, même la manière de filmer avec beaucoup de caméras portées, apportent une telle fraîcheur que j’ai presque l’impression de faire un documentaire. À chaque film, les personnages prennent corps et chair sans que l’on puisse vraiment l’anticiper. En tant que scénariste, on vit avec des personnages abstraits qu’il faut accepter de faire adopter par des comédiens. Je donne le bébé à un acteur qui en sera à jamais garant. C’est extrêmement émouvant. 

 

Vous revisitez certaines scènes emblématiques, comme celle où les enfants se battent nus. Comment les avez-vous abordées ?

 

Père de cinq enfants je soumets souvent mes idées à ce que j’appelle « mon audience test privée » : cette scène n’y a pas échappée. Ils étaient frustrés que dans les adaptations précédentes, cette séquence emblématique soit plus évoquée qu’explicitée. J’ai voulu la traiter plus frontalement sans pour autant montrer quoi que ce soit qui pourrait choquer. On a fait pousser un champ de blé qui arrive juste au-dessus de la ceinture des enfants. Pendant les trois jours qu’a duré le tournage de cette séquence, les enfants se sont éclatés !

 

Si vous ne deviez garder qu’un souvenir de cette aventure, quel serait-il ?

 

J’en ai trop pour n’en garder qu’un, mais je me souviens particulièrement d’un moment, en fin de première semaine de tournage. C’était pour une scène qui se déroule après la bataille dans les blés. Un mois plus tôt, en répétition, nous l’avions travaillé réplique par réplique. Ce jour-là, je leur ai demandé de jouer la scène d’une seule traite, dans la continuité, comme un plan séquence. Les enfants ont eu peur de ne pas y arriver mais après avoir passé ce cap, plus rien n’a été pareil. Quelque chose avait changé. Ils avaient pris confiance en eux. À partir de ce jour-là, le film a vraiment décollé comme je l’espérais.

 

Qu’espérez-vous apporter au public ?

 

Un moment de bonheur qui rappelle que les ferments de tout individu se trouvent dans l’enfance et qu’il ne faut jamais s’en couper. Les racines de l’adulte plongent toujours dans ces premières années. Le film est avant tout une comédie très dynamique et drôle, mais l’émotion n’est jamais loin.

 

Rencontre avec MARC DU PONTAVICE – Producteur

 

Comment avez-vous eu l’idée de revisiter l’oeuvre de Louis Pergaud ?

 

J’avais lu le livre étant enfant, et l’adaptation d’Yves Robert avait ensuite pris une place énorme dans l’esprit des gens. C’est un classique, que toutes les familles ont visité à un moment ou un autre de leur histoire. Le livre reste très présent – déjà parce qu’il fait partie du programme scolaire au collège, comme j’ai pu m’en rendre compte avec mon propre fils. Alors qu’il avait à le lire, je me suis amusé à le parcourir et je me suis pris au jeu. Ce n’est pas un livre oublié ou poussiéreux, loin de là. Je n’avais alors aucune idée en tête parce que le film d’Yves Robert était déjà passé par là et nous avait tous beaucoup marqués.

 

Quelle a été l’étincelle ?

 

La représentation d’une bande de gamins en liberté, ce qui n’existe plus aujourd’hui, m’a fasciné. D’abord parce que cela me rappelle beaucoup de souvenirs d’enfance à une époque où les parents, notamment à la campagne, laissaient les enfants partir pendant des heures sans s’inquiéter. Ces enfants en liberté sont beaucoup plus autonomes. Ils ont ce temps et cet espace pour créer une sorte de microsociété avec leurs règles, leurs codes et leurs rituels. J’avais envie de communiquer cette magnifique idée à travers ce film.

 

Vous pensez que cette histoire offre une résonance très actuelle ?

 

On ne fait pas un film situé dans un contexte vieux de cinquante ans avec une idée régressive ou nostalgique. On le fait parce que cela crée des résonances avec ce qui se vit aujourd’hui et la façon dont les gens pensent leur société et leur famille. La plupart des enfants sont aujourd’hui élevés dans les villes et ont peur des bêtes, peur de se salir. Ils ont souvent une vision un peu hostile de la nature. Face à ce constat, j’aime que la nature redevienne pour eux la plus grande cour de récré et un terrain de jeu fabuleux, un espace d’imagination, de création qu’ils s’approprient. Cet aspect-là est aussi quelque chose d’excitant et de jubilatoire.

 

Pourquoi avoir proposé ce projet à Yann Samuell ?

 

La première des raisons concerne son intérêt pour l’univers de l’enfance, alors que la plupart des réalisateurs français ne s’y intéressent pas. En général, ils aiment les histoires d’adultes, psychologiques, ou de plus en plus les films de genre. Yann a lui-même cinq enfants. Il a décidé de mettre la famille au centre de sa vie. Je fais aussi partie de ceux qui ont adoré son premier film, JEUX D’ENFANTS. On y sentait déjà une espèce de connivence inhabituelle et intéressante, à la fois dans la représentation de l’enfance qu’il proposait et dans la façon dont il dirigeait les enfants. Vis-à-vis des enfants, il se comporte comme une sorte de grand frère, une espèce de chef de bande naturel. Lorsqu’il les dirige, les enfants n’ont pas le sentiment d’être dirigés par un adulte, mais par une sorte de Lebrac. Il est évident que cet univers lui parle et qu’il n’en est pas du tout déconnecté malgré sa maturité.

 

Comment avez-vous travaillé l’adaptation ?

 

En nous posant énormément de questions ! Avec Yann et mon associé Matthew Gledhill, nous avons très rapidement écarté l’idée de rendre ce film contemporain puisqu’une telle bande de gamins en liberté n’existe plus de cette façon aujourd’hui. La grande différence entre une bande de gamins en liberté à cette époque et maintenant, c’est qu’au fond la guerre des boutons est quelque chose de très sérieux du point de vue des enfants, un véritable enjeu, mais pas du tout un exercice de violence. Bien sûr chacun garde son territoire, bien sûr on y trouve des conflits, mais la violence relative n’a rien à voir avec ce qui peut se produire aujourd’hui, déjà parce que celle de cette époque ancienne était sans impact sur le monde des adultes. Il n’était donc pas concevable de ramener cette histoire à notre époque. Le roman est aussi particulier par rapport au langage et à la place des femmes… Ce sont deux points essentiels. Le langage de Louis Pergaud est incroyablement fleuri, très vivant, savoureux à lire bien qu’énormément de mots nous échappent. La première tentation est de rester fidèle à ce langage rabelaisien - notre première version en était d’ailleurs très proche. Mais si vous ne comprenez pas un mot dans un livre, vous pouvez vous arrêter, réfléchir. Alors que dans un film, il y a une sorte de temps réel de la narration, et il faut donc absolument installer un niveau de compréhensibilité. L’introduction de personnages féminins a été le plus gros travail d’adaptation. Notre but n’était pas uniquement d’éclairer cette histoire de féminité. Les femmes sont devenues l’un des principaux moteurs de l’histoire, que ce soit à travers le rôle de Lanterne ou celui de la mère de Lebrac. Ces deux personnages approfondissent l’histoire et renvoient à d’autres sujets, le sexisme et l’image préconçue des filles pour Lanterne et dans le cas de la mère, tout ce que doit assumer une femme qui élève seule sa famille en travaillant. Du coup, nous ne sommes plus dans une histoire uniquement centrée sur les garçons et une image d’Epinal de la féminité. Trouver les enfants était un enjeu crucial… Le film est centré sur eux et leur casting a été notre priorité. Nous étions à la recherche de charismes, de personnalités. Six personnes ont sillonné la France entière pour sélectionner près de 2500 enfants, avec deux directives. Nous voulions des enfants n’ayant jamais vu une caméra ni de près ni de loin. Dès qu’un enfant a commencé à jouer dans un film ou un téléfilm, il est déjà dans la notion de représentation, son naturel s’efface souvent très vite derrière quelque chose de formaté. Ils ne devaient pas avoir peur de se vautrer par terre, pas peur de la boue, pas peur de courir dans les blés, etc. Des enfants qui ont cette espèce de force intérieure, cette capacité à être eux-mêmes aussi bien devant des adultes que devant une caméra.

 

Et pour les personnages adultes ?

 

Nous avons essayé de travailler sur un casting éclectique. Placer Eric Elmosnino  face à Alain Chabat pour jouer le rôle des deux instituteurs confère à ce duo une autre dimension. L’idée que ces personnages-là, dès qu’ils sont face à face, perdent complètement leurs attributs de figure sociétale, pour redevenir les gamins qu’ils ont été, me fait mourir de rire. Eric a cette particularité que j’adore chez les comédiens de théâtre : il joue autant avec son corps qu’avec son visage. Quant à Alain Chabat, nous lui sommes infiniment reconnaissants d’avoir participé à cette belle aventure. Sa sévérité avec les enfants est toujours jouée avec un deuxième degré très savoureux; il laisse transparaître ici un quasi personnage de clown blanc qui renforce encore son potentiel comique. Nous avons eu énormément de chance d’avoir Mathilde Seigner pour le rôle de cette mère courage. Avec beaucoup de délicatesse et de justesse, elle assume un rôle très difficile puisqu’elle est la seule à rester sérieuse de bout en bout, à ne jamais être un personnage de comédie dans cette histoire. La plupart des moments où elle apparaît dans le film ont une très grande intensité émotionnelle. Elle a fait de son personnage quelqu’un de magnifique. L’idée de confier le personnage de ce curé à Fred Testot nous plaisait beaucoup. C’est un prêtre qui fait tout pour que ces deux villages qui se détestent s’entendent. Il y met une bonne volonté touchante mais qui ne donne pas toujours les résultats espérés. Fred lui apporte quelque chose d’un peu lunaire et pince-sans-rire que j’adore. Il offre quelques moments vraiment savoureux parce qu’il est un peu décalé, finalement toujours un peu en retard par rapport aux enfants.

 

Où avez-vous trouvé le décor, cet écrin de l’enfance ?

 

Nous avons eu la très bonne surprise de pouvoir trouver tous nos décors dans le Limousin. Nous avons vraiment vécu dans la campagne pendant trois mois. Le tournage a commencé le 13 avril, assez tôt par rapport à la belle saison, et nous avons eu la chance de bénéficier d’une lumière estivale presque constante. Matthew a encadré le tournage de bout en bout pour garantir à l’équipe des conditions de tournage optimales et a veillé avec énormément d’exigence à ce que le film livre les images que nous espérions.

 

Qu’espérez-vous apporter au public avec LA GUERRE DES BOUTONS ?

 

À cette histoire intemporelle, Yann a su donner une forte identité visuelle et une profondeur dans la comédie. C’est vraiment un film d’aujourd’hui. Voir cette bande d’enfants livrée à elle-même dans une nature éblouissante fait beaucoup de bien. Au-delà du plaisir de les suivre dans leurs aventures et leurs sentiments, il y aussi ce miroir que l’histoire et ses thèmes nous tendent. Chacun y trouvera un écho dans un moment de plaisir et de fraîcheur.,Enfin j’espère que les parents trouveront à réfléchir sur l’autonomie qu’ils accordent à leurs enfants et qu’ils s’attarderont sur l’idée qu’il est plus important de transmettre la confiance que la peur.